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Le sommeil est un domaine de la vie des bébés qui fait couler beaucoup d’encre. Les partis les plus opposés s’affrontent. Les nouvelles théories s’opposent aux anciennes, les vieux usages font retour. Et pourtant les résultats ne sont jamais à la hauteur des espérances…
Parents au bord de la crise de nerfs
Votre bébé est en pleine forme et vous apporte mille satisfactions. Cependant, quand vient l’heure du coucher, les difficultés commencent. Vous avez peut-être lu de la littérature sur le sommeil des bébés, mais vous n’avez toujours pas compris :
- Que faire le soir quand il hurle aussitôt que vous le posez dans son berceau, malgré la lanterne magique et la ronde des nounours à musique ?
- Que faire le soir quand vous quittez sa chambre après une à deux heures de tour de chants (son père et vous en alternance) et qu’il se réveille en pleurant dès que vous avez passé la porte ?
- Comment coucher un bébé qui veut jouer passé minuit et s’agrippe à vous en pédalant lorsque vous vous approchez gentiment de son lit ?
- Comment faire cesser les pleurs qui vous réveillent trois fois par nuit alors que l’âge des tétées nocturnes est passé depuis longtemps ?
Si vous vous reconnaissez dans quelques-unes de ces propositions, il y a des chances pour que vous soyez également facilement irritable, fatigué(e) au travail en début d’après-midi, somnolent(e) et distrait(e) en début de soirée. Le torchon brûle pour un oui pour un non dans votre couple. Vous êtes tous les deux au bout du rouleau. Après dîner, vous vous traînez dans la chambre de votre adorable garçon qui est justement en train de rebondir sur son petit lit, les joues roses, en chantonnant. Mais que chante-t-il au juste ? On dirait une sorte d’incantation, qui rythme ses bonds. Vous écoutez mieux : « PADODO PADODO PADODO PADODO ! »
Le monde est-il vraiment scindé en deux : les parents des bébés qui dorment et vous ?
Vous êtes mortifié(e) par tous ces parents qui vous expliquent que leurs bébés ne les réveillent jamais la nuit parce qu’ils ont compris que le sommeil des parents, c’est sacré. Ceux qui propagent un mythe fondateur, le récit d’un miracle : figurez-vous qu’il se réveillait toutes les nuits jusqu’au jour où… Qui considèrent votre petite mine et vos yeux cernés avec désapprobation. Vous avez le sentiment que personne ne vous comprend.
On vous avait dit « ça va passer ». Vous avez essayé successivement toutes les méthodes dont on vous a rebattu les oreilles :
- Le minutage (pour nourrissons) : le premier soir, tu le laisses pleurer 2 minutes et tu y vas ; le deuxième soir, tu le laisses pleurer 5 minutes et tu y vas ; le troisième soir, tu le laisses pleurer 10 minutes et tu y vas. Il n’y a pas eu de quatrième soir. Vous aviez déjà renoncé à toute cette arithmétique.
- Le gros biberon épaissi tard le soir pour le caler.
- Le nounours qui imite les bruits intra-utérins à côté de son oreiller. Les tétines accrochées au pyjama.
- La force de conviction : « Alors cette nuit, mon cœur, tu vas bien dormir parce que papa et maman sont très fatigués, tu vas être un très très gentil bébé… »
- La sourde oreille : vous ne vous êtes pas levés, vous avez « laissé pleurer ». Sauf que vous n’avez pas dormi parce qu’il s’est époumoné pendant 1h30 montre en main et vous vous êtes juré de ne jamais recommencer une expérience aussi barbare.
C’est à cause de vous qu’il ne dort pas... Mais encore ?
Un jour une amie bien intentionnée a lâché le morceau : mais en fait, s’il ne dort pas, c’est que tu n’as pas envie qu’il dorme ! Ça vous a fait bondir. Evidemment, il fallait y penser : si votre bébé se réveille toutes les nuits, c’est de votre faute ! Voilà ce qui vous manquait : une bonne petite dose de culpabilité. Au moins, vous aurez vous aussi des raisons de ne pas dormir la nuit.
Ne vous découragez pas. Une multiplicité de facteurs motive ces réveils nocturnes ou ces difficultés d’endormissement. Sa sensibilité et la vôtre, vos relations, votre rapport au sommeil en général et au sien en particulier sont en jeu, mais bien souvent de façon obscure et subliminale. Bien malin qui tirerait d’un coup sur la bonne ficelle ! Il en va bien sûr d’une difficulté à se séparer : un bébé se réveille la nuit pour retrouver la présence de sa mère, ou de ses parents, n’arrive pas à s’endormir le soir parce qu’il ne veut pas les quitter. Et c’est vrai qu’il est particulièrement réceptif à notre ambivalence : si dans le fond, nous hésitons à nous séparer de lui, il aura tendance à faire pression…
Sommeil séparé : une exigence récente !
Il est récent de faire dormir les enfants loin de nous. Pendant des siècles, la chambre à coucher était un espace commun. Dans les familles riches, le lit de la nourrice ou de la bonne d’enfant se trouvait dans la chambre des petits. Les bébés n’étaient jamais seuls. Dans la majorité des sociétés traditionnelles, il n’y a pas de chambre d’enfants. L’habitat moderne tend à privilégier de plus en plus l’intimité (et l’isolement) de chacun. Même s’il est courant de garder le berceau d’un bébé dans la chambre des parents les premiers mois, le discours dominant prône la séparation : le plus tôt sera le mieux. Certains s’y opposent fermement : les adeptes du maternage, promoteurs du « co-sleeping », privilégient le sommeil commun entre parents et bébés. L’enfant décidera tout seul du moment où il prêt à dormir tout seul.
Au Japon, traditionnellement, le bébé dispose d’abord d’un lit à lui, placé tout près de celui de sa mère. On estime en effet que chaque nouvel être humain venant au monde doit avoir son lit à lui, c’est-à-dire une place qui lui est destinée, un lieu accueillant. Mais lorsqu’il grandit et devient capable de manifester ses exigences, au bout de quelques mois, il se met à dormir dans les bras de sa mère, jusqu’à la naissance d’un nouveau bébé. Alors on lui accorde de dormir avec son père, ou bien, selon la fratrie, avec une grande sœur – les Japonais n’aimant vraiment pas dormir tout seuls.
A chacun son sommeil…
C’est à chacun de décider ce qui lui convient le mieux. Il est important de ne pas craindre « les mauvaises habitudes » : un bébé qui a besoin de votre présence pour s’endormir n’est pas en train de devenir un enfant particulièrement dépendant, incapable par la suite de trouver son sommeil tout seul. Au contraire. Il est possible de lui apprendre doucement la séparation. Les enfants changent, les réveils nocturnes cessent souvent comme par enchantement, sans que l’on n’ait rien fait de particulier. Alors la solution ? Eh bien il n’en existe pas à la carte. De la patience, du repos, la certitude que rien n’est jamais immuable.
