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La nounou : un second rôle de premier plan

Le rôle maternel contient un paradoxe : donner l’amour et apprendre la séparation. Les nourrices d’antan avaient une fonction très définie pour aider à résoudre ce paradoxe, la nounou d’aujourd’hui un peu moins...

5 mins de lecture août 10, 2016

Comment trouver LA PERLE qui gardera votre merveille ?

Vous auditionnez, vous débriefez son père chaque soir, vous consultez vos notes avant de vous endormir… Pourquoi toutes vos amies sont-elles aussi convaincues d’avoir trouvé une nounou fantastique ? Que leur bébé adore et réciproquement ? Avec laquelle les relations sont au beau fixe ? Et qui en plus fait merveilleusement la cuisine ? Vous avez le sentiment que vous, vous n’y arriverez jamais. C’est bizarre, il y a toujours quelque chose qui ne vous convient pas.

Ce n’est pas nouveau : concernant les nourrices, les mères ont toujours eu de grandes exigences, assez variables selon les époques. On s’est préoccupé longtemps de l’abondance et de la qualité de son lait, aujourd’hui on lui demande d’assurer tous azimuts pour avant tout… nous rassurer.

 

La nourrice d’antan : second ou premier rôle ?

La nourrice est un personnage qui vient de la nuit des temps. Au troisième millénaire avant J-C, à Sumer, la femme de Shulgi, maître de la ville d’Ur, murmurait à son enfant une berceuse : « La nourrice au cœur joyeux lui chantera des chansons ; la nourrice au cœur joyeux lui donnera son lait ». Vers 1330 avant J-C, en Egypte, le roi Tut fit construire une tombe en l’honneur de sa nourrice. Les nourrices royales, recrutées dans les harems des officiers des pharaons, étaient traitées avec beaucoup de respect ; il en va de même en Chine, en Inde, au Japon et au Proche-Orient.

Les tragédies classiques s’en font l’écho : la nourrice y tient un second rôle fameux. Confidente du héros (un bébé qui a grandi), elle est toujours là pour le conseiller dans les moments cruciaux de son existence. Homère nous raconte qu’Ulysse, prince d’Ithaque, fut allaité par des servantes.

Dans la loi islamique, la parenté par le lait (être frère ou sœur de lait) est reconnue au même titre que celle du sang ou du mariage.

L’histoire de la nourrice est avant tout celle du commerce du lait maternel, à défaut de préparation infantile. A Rome, on achetait sur le marché, les services d’une nourrice, dans un endroit appelé « lactaria ». A partir du Moyen-Age, les élites ont des nourrices à domicile, ce qui permet aux dames de la noblesse de retomber enceintes plus vite (puisqu’elles n’allaitent pas). Plus tard, la pratique se répand dans les milieux plus modestes, pour permettre aux femmes de travailler.

Et chez les animaux ? Certaines mères partagent volontiers l’allaitement des petits, comme, qui l’eut cru, les souris et les lionnes ! D’autres gardent farouchement leur bébé, comme les femelles chimpanzés, et la majorité des mamans singes.

 

La nounou : le temps de la première séparation

Aujourd’hui, grâce aux préparations infantiles, nous ne sommes plus au temps des nourrices, mais à celui des « nounous »… Celles qui vont bien avec les « doudous » sont des personnages de première importance : sans elles, bien des femmes ne pourraient pas reprendre leur travail quelques mois seulement après avoir eu leur bébé.

Certaines attendent ce moment avec impatience, rêvant de retrouver leur rôle social, les amis, les collègues, leur travail… D’autres ne parviennent pas à passer l’épreuve. Car, en effet, c’en est une : la première d’une longue série, première séparation, première fin de quelque chose.

Ce n’est pas forcément la peur qui est en cause. Il faut certaines mères un peu paranoïaques pour exiger une webcam chez leur nounou. Non, la difficulté – normale – qu’il y a à confier son enfant, est beaucoup plus subtile, et…. irrationnelle que ça.

Il y a, disent certains spécialistes comme la pédopsychiatre Caroline Eliacheff longtemps rattachée à la Pépinière d’Antony qui recueillait des bébés, dans toute séparation mère-enfant un mélange de sentiments pas toujours évident à démêler.

Quel que soit le mode de garde auquel elle fait appel, toute mère se sent toujours un peu coupable. Comme si elle abandonnait son bébé… Or, confier son enfant à quelqu’un d’autre est un acte au contraire très généreux. Généreux pour la confiance marquée à une personne, au départ, étrangère à la famille. Généreux aussi envers son propre enfant, qui a besoin très vite de connaître d’autres visages que celui de sa mère, et pour qui, il est vital que le monde et les autres existent.

 

Il faut apprendre à lutter contre la dépendance !

Quand la personne chargée de garder le bébé est une proche de la famille, les choses peuvent se corser. Dans un premier temps, cela est rassurant : une mère, une belle-mère, liées à notre enfant par des liens affectifs forts, nous semblent plus indiquées qu’une femme que nous rencontrons par petite annonce… Mais assez vite, il peut se faire que les enjeux affectifs dépassent la question pratique.

En cela, la nourrice d’autrefois était bien utile. Avec elle, même si évidemment de vrais liens pouvaient se tisser, le contrat était clair. Elle était là pour maintenir en vie. Du coup, elle s’occupait de ce moment difficile mais essentiel : le sevrage. Dire stop, couper le cordon, comme on dit, et en prouvant que cela n’est pas si facile…

Ce paradoxe du rôle maternel - être la source de l’amour premier et celle qui doit éviter que cette source ne devienne submergeante -, la nourrice l’assumait mieux que personne. Nul besoin de psy, son métier l’appelait : une nouvelle couvée arrivait : les petits de trois, six, huit mois devaient déjà être considérés comme des grands, et savoir se passer un peu, puis définitivement de lait « maternel ». Nous souvenir de ce savoir-faire un peu brutal mais salvateur n’est peut-être pas inutile aujourd’hui ! Il n’est jamais trop tôt pour apprendre à s’affranchir des dépendances.

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